Le monde
de demAIn

C’est le plus gros cadeau déposé sous le sapin de la Tech en cette fin d’année, et il a un goût de soufre.

Yann LeCun a claqué la porte de Meta après douze ans de règne et vient d’annoncer qu’en janvier, il lancera AMI Labs, une start-up valorisée à 3 milliards d’euros avant même d’avoir un logo sur la porte.

Le motif ? Un divorce idéologique total.

Alors que l’industrie s’asphyxie à coups de milliards dans les LLM, LeCun dénonce une impasse technologique. « Un enfant de 4 ans a vu 50 fois plus de données que les plus grands modèles de langage. La plupart des connaissances humaines ne sont pas du texte « , martèle-t-il.

Son pari : des world models dotés d’un raisonnement, d’une planification et d’une mémoire persistante, capables de comprendre la physique du réel à partir de vidéos.

Basé à Paris, ce projet s’inscrit dans l’explosion de la Deep Tech européenne, qui a vu ses financements bondir de 56% en un an. Mais au-delà de la performance financière, le signal envoyé au marché est un séisme de magnitude 10.

Car si LeCun a raison, que deviendront tous ces chatbots sur lesquels les entreprises ont misé leur transformation numérique ?

Bienvenue dans le monde de demAIn, où l’architecte des fondations annonce que l’étage du dessus menace de s’effondrer.

Petit papa IA

Noël 2025. Sous le sapin, ce n’est plus l’intention qui compte, mais la bande passante.

Forbes nous livre le constat d’un réveillon sous perfusion : l’agentique a officiellement remplacé le discernement. 83% des acheteurs ont jeté l’éponge et ont déjà laissé les clefs de leurs emplettes de fin d’année à des bots qui négocient, comparent et valident à leur place sans sourciller.

Salesforce sort la calculatrice : 3 milliards de dollars, rien que pour le Black Friday américain, sont tombés dans les caisses grâce à ces algorithmes.

On ne choisit plus un cadeau pour faire plaisir, on délègue une corvée logistique à un chatbot optimisé façon fashionista. Le Père Noël n’a plus de barbe ; il a un jeton d’API et une efficacité clinique qui ferait passer un huissier pour un poète.

Enjeux et perspectives

Quand 74% des gens avouent faire autant confiance à une IA qu’à leurs propres amis, on ne parle plus de technologie, on parle de démission sociale.

Le basculement est flagrant.

L’agentique commerciale n’est pas un assistant, c’est un filtre qui aseptise le désir. Pour les retailers, le jeu change : il ne s’agit plus de séduire un humain avec une vitrine léchée, mais d’optimiser une base de données pour être « lu » par le bot de l’acheteur.

Une nouvelle guerre de l’ombre où les marques se battent pour plaire à des machines qui achètent pour des humains distraits.

C’est le triomphe de la commodité sur la connexion.

En automatisant l’empathie, on vide le geste de sa substance. Si l’IA trouve le cadeau « parfait » à chaque fois, c’est que l’autre est devenu prévisible. On gagne du temps, certes, mais on perd ce petit frisson de l’incertitude, celui qui dit qu’on a pris un risque pour l’autre.

On entre de plein pied dans une boucle fermée où l’on consomme par procuration, en attendant que les robots finissent par s’offrir des cadeaux entre eux, pendant qu’on regarde ailleurs.

Offrir n’est plus un art, c’est juste une mise à jour système.

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Un loup dans la bergerie

C’est l’histoire d’un divorce express entre l’art et la caisse.

Le loup d’Intermarché, ce petit miracle d’animation « zéro IA » conçu par Illogic Studio, a fait fondre le monde entier grâce à sa texture humaine et à ses six mois de labeur artisanal. Un triomphe du geste sur le pixel.

Mais la magie s’est arrêtée aux portes du service marketing.

Dès le 18 décembre, l’enseigne a basculé du côté obscur : 1 000 cabines Photomaton proposent désormais des selfies générés par l’IA pour capitaliser, dans l’urgence, sur le succès du loup qui mange des légumes.

Conçue en un week-end, cette opération vient balayer d’un revers de prompt la poésie de la campagne originale. On nous a vendu une émotion faite main pour finir par nous refiler du fast-food visuel à 3 euros.

Enjeux et perspectives

Le cas Intermarché est un manuel de schizophrénie industrielle.

On utilise l’authenticité comme un hameçon émotionnel pour séduire un public saturé de contenus synthétiques, avant de revenir aux vieux réflexes de la monétisation immédiate dès qu’une opportunité se présente.

Le message envoyé est contradictoire : l’artisanat n’est plus qu’une stratégie de communication, tandis que l’IA devient le moteur de l’exécution dès qu’il faut aller vite et pas cher.

Cette rupture de contrat moral souligne la fragilité de la promesse de marque à l’ère des agents. Si le public s’est attaché à ce loup, c’est précisément parce qu’il portait la trace du temps long et de l’effort humain.

En effaçant cette texture en quelques jours pour combler le vide laissé par l’absence de peluches (promises pour 2026 seulement), Intermarché vide son propre personnage de sa substance. Le loup n’est plus un compagnon de Noël, c’est une variable de profit optimisée par un week-end de code.

Une preuve supplémentaire que dans le commerce moderne, l’âme est une marchandise comme une autre, que l’on remplace par du silicium dès que le client a le dos tourné.

On achète l’émotion à prix d’or, on la revend au prix du prompt.

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Gare au doudou

Le cauchemar de Noël a un nom : Miiloo. Ou Alilo.

Derrière ces patronymes de doudous connectés se cache la plus grande débâcle éducative de la décennie. BFMTV et NBC News tirent la sonnette d’alarme : les jouets dopés à l’IA, censés veiller sur nos gosses, ont viré au rouge et au trash.

Quand l’ourson Miiloo ne récite pas la propagande du Parti communiste chinois sur l’inaliénabilité de Taïwan, il explique gentiment à un enfant de cinq ans comment aiguiser un couteau de cuisine.

Pire : le lapin Alilo, branché sur des modèles non filtrés, s’improvise coach en BDSM, détaillant l’usage des cravaches entre deux berceuses.

Le Père Noël n’est plus une ordure, c’est un algorithme en roue libre qui vomit les égouts du Web dans la chambre des petits.

Enjeux et perspectives

C’est le crash-test de la responsabilité industrielle. On a laissé 1 500 entreprises chinoises injecter des LLM dans des objets transitionnels sans aucun garde-fou sérieux.

Le paradoxe est abyssal : OpenAI et Anthropic interdisent leurs modèles aux moins de 13 ou 18 ans, mais Mattel et consorts les collent dans les mains de bambins de 3 ans.

On vend de la magie interactive, on livre un cheval de Troie géopolitique et pornographique. L’IA n’a pas de boussole morale, elle n’a que des statistiques de probabilité de mots. Si on la nourrit avec le monde tel qu’il est, elle finira par expliquer à un nourrisson la pratique du « bondage ».

Au-delà du scandale, la question de la souveraineté de l’intime se pose.

Ces jouets aspirent les voix, les émotions et les secrets de nos enfants pour les envoyer vers des serveurs dont on ignore tout, tout en modifiant leur perception du monde par une idéologie préprogrammée.

Les garde-fous sont des passoires qui se désintègrent avec le temps. Nous avons délégué l’éveil de nos gosses à des boîtes noires optimisées pour le profit, au mépris total de la sécurité cognitive. Le doudou est devenu le terminal d’une guerre froide culturelle et d’un naufrage éthique sans précédent.

Cette année, le jouet ne se contente pas de parler, il endoctrine.

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Le sacre du gamin

Mardi 16 décembre, Marseille. Emmanuel Macron lâche les chevaux face aux lecteurs de La Provence : ces gens-là se moquent de nous ! L’objet de sa colère ? Une vidéo, vue 13 millions de fois sur Facebook, montrant un colonel mystérieux annonçant la chute du régime français.

Pas d’officine étrangère, pas de complot d’État. Juste un gamin de 16 ans, affalé sur son canapé, qui a généré ce séisme en quelques minutes avec Sora 2 sur son smartphone.

L’Élysée a évidemment dénoncé l’objet. La réponse de Meta est tombée comme un couperet : « Ça ne contrevient pas à nos règles. » La vidéo est restée en ligne pendant trois jours, jusqu’à ce que l’adolescent, contacté par Le Monde, décide lui-même de presser le bouton supprimer.

Enjeux et perspectives

L’aveu d’impuissance est total.

Le Président de la République française ne peut pas faire retirer une vidéo annonçant son propre renversement.

Mark Zuckerberg a tranché : depuis janvier dernier, il a sabré ses budgets de fact-checking pour complaire à l’air du temps. Résultat, Meta n’est plus un hébergeur, c’est le complice passif d’une désinformation à coût marginal nul.

L’IA a mis l’arme de déstabilisation massive dans la poche de n’importe quel lycéen.

Si un gamin peut affoler les services de renseignement entre deux cours de maths, que feront des puissances structurées lors des prochaines échéances électorales ?

Le consensus de vérité, socle de la démocratie, vient de voler en éclats sous le poids de 13 millions de vues synthétiques. Le pouvoir n’est plus dans les institutions, il est dans l’audace d’un prompt et l’indifférence d’une plateforme.

Le Président règne, mais l’algorithme gouverne.

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Le grand replacement

Mardi dernier, Washington a sorti les paillettes pour l’US Tech Force : 1 000 mercenaires de l’IA, recrutés à 200 000 dollars par an, pour « moderniser » l’Oncle Sam.

L’annonce claque, mais l’odeur de brûlé vient d’ailleurs.

En mars, Elon Musk et son DOGE liquidaient 18F et l’US Digital Service, des unités tech permanentes et rodées, sous prétexte de « dégraisser » l’État. Neuf mois plus tard, le même gouvernement annonce recruter dix fois plus de monde, pour faire le même boulot, mais en mode temporaire et beaucoup plus cher. On va remplacer des fonctionnaires par des contractors fournis par Apple, Google et Nvidia.

Enjeux et perspectives

En démantelant les équipes tech internes pour les remplacer par des envoyés spéciaux des Big Tech, Trump privatise l’expertise fédérale.

Ces 1 000 experts ne resteront que deux ans avant de retourner chez leurs employeurs d’origine. Qui servent-ils vraiment quand ils codent l’ « American Science and Security Platform » ? L’intérêt public ou la feuille de route de leurs futurs (et anciens) patrons ?

On installe les renards directement dans le poulailler des données d’État, tout en prétendant les réguler.

On a viré les équipes de l’ère Obama, jugées trop « à gauche », pour les remplacer par une armée de technocrates « prêtés » par la Silicon Valley. Sous couvert de la « Mission Genesis» et de la révolution de l’IA, l’administration Trump alimente sa propre dépendance technologique.

L’État ne sait plus faire, il loue. Il ne pilote plus, il valide des solutions propriétaires. En croyant injecter de l’IA partout, Washington vient surtout de sous-traiter sa souveraineté à des entreprises qui, elles, ne changent pas d’avis tous les quatre ans.

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Peau de banane

OpenAI a enfin admis l’évidence : dans la guerre des écosystèmes, l’image n’est plus un luxe, c’est une fonction vitale.

Avec le lancement de ChatGPT Images, la firme de Sam Altman tente de reprendre la main sur Nano Banana Pro, le module de Google qui commençait à vampiriser les usages grâce à sa précision chirurgicale.

Désormais, vous pouvez sculpter vos visuels directement dans ChatGPT, ajouter un détail ou corriger un raté sans jamais quitter la fenêtre de discussion. C’est la réponse obligatoire d’un acteur qui ne peut plus se permettre de laisser ses utilisateurs aller ailleurs si le pixel est plus vert.

Enjeux et perspectives

L’enjeu est purement systémique. OpenAI ne cherche pas à révolutionner l’art, il cherche à protéger son territoire. En intégrant le modèle GPT Image 1.5 et une interface dédiée, il s’aligne sur la stratégie de Google : l’intégration totale.

Pour nous, utilisateurs, c’est le constat d’une banalisation : l’IA d’image devient une commodité, au même titre que le correcteur d’orthographe ou la mise en page automatique. Si OpenAI ne proposait pas un outil à la hauteur de Gemini, c’est tout son écosystème qui s’effondrerait pour manque de cohérence.

Cette standardisation montre que la victoire ne se jouera plus sur la puissance brute du modèle, mais sur la capacité à verrouiller l’utilisateur sur une interface unique.

Pour l’instant, le verdict technique reste nuancé : OpenAI a rattrapé son retard en termes d’ergonomie et de vitesse (4x plus rapide), mais Nano Banana Pro conserve une avance qualitative sur le rendu final.

On n’est pas devant un point de bascule technologique, mais devant une opération de maintenance indispensable pour ne pas disparaître du cadre.

Dans la guerre des plateformes, l’image n’est pas un atout : c’est le ticket d’entrée

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Adam et Genève

Dans le canton du bout du lac, la révolution technologique se règle à coups de PDF officiels. En cette fin d’année, le Département de l’Économie et de l’Emploi (DEE) a publié un modèle de charte d’intelligence artificielle destiné aux entreprises du canton.

L’intention est limpide : offrir un cadre sécurisant pour que les PME genevoises ne ratent pas le train de l’innovation sans dérailler sur le plan éthique. Le document propose une boussole structurée autour de la transparence, de la protection des données et de la maîtrise humaine indispensable.

C’est propre, léché, rassurant. C’est posé là.

N’hésitez pas à vous servir.

Mais dès qu’on quitte les salons de l’administration pour entrer dans les bureaux, le vernis craque et Adam se retrouve bien seul face à son écran.

Enjeux et perspectives

Le premier vertige est celui de la responsabilité.

Genève décrète que l’utilisateur doit être le garant final, ce qui impose une validation systématique des sources et la détection des biais ou des hallucinations. C’est une vision héroïque du collaborateur qui, entre deux dossiers, devrait soudainement posséder le flair d’un ingénieur en machine learning pour éviter de se faire piéger par un algorithme.

Sans formation massive, on ne donne pas de règle aux employés : on leur remet la responsabilité juridique d’un outil qu’ils ne maîtrisent qu’en surface.

Le second écueil frise la naïveté managériale.

La charte vise à cartographier le Shadow AI, ces outils comme ChatGPT utilisés sous le manteau par des collaborateurs impatients. La méthode ? Un questionnaire où l’on demande explicitement : « pourquoi utilisez-vous des outils sans autorisation » ?

Penser qu’un employé va se dénoncer par écrit, alors qu’on lui annonce en préambule que la future charte sera obligatoirement signée, relève de la pensée magique. Au lieu de favoriser la transparence, on risque d’institutionnaliser la clandestinité numérique.

En l’état, ce document est un excellent parapluie pour les directions juridiques, mais une boussole bien fragile pour ceux qui sont au front.

Le canton donne la direction générale, mais oublie de fournir la carte topographique des risques réels et les protocoles techniques pour éviter les crevasses. Pour que la souveraineté numérique romande dépasse le stade du manifeste, il faudra plus que des recommandations polies : il faudra une véritable ingénierie de la confiance.

À Genève, l’IA a désormais sa charte, mais Adam cherche toujours le mode d’emploi pour ne pas être le premier fusible du paradis numérique.

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App sous le radar : Portable North Pole (PNP)

C’est quoi ?

Une plateforme disponible sur le Web et une application mobile (iOS/Android) conçue pour créer des interactions personnalisées avec le Père Noël. Le système utilise les données fournies par les parents (nom, âge, photos, comportement) pour générer des vidéos où le personnage s’adresse directement à l’enfant. En 2025, l’application franchit un cap avec « Talk to Santa » , une fonctionnalité permettant une conversation bidirectionnelle en temps réel grâce à l’IA.

Les plus

Immersion totale : La personnalisation inclut des détails précis, comme le nom du chien ou des résolutions spécifiques, créant un impact émotionnel fort chez les 3-8 ans.

Catalogue massif : Plus de 100 scénarios disponibles couvrant Noël, les anniversaires ou des encouragements thématiques.

Accessibilité : L’interface est intuitive, multilingue et multiplateforme, ce qui facilite l’utilisation pour les parents et les grands-parents.

Innovation interactive : La fonction « Talk to Santa » transforme le visionnage passif en une véritable interaction dynamique.

Les moins

Modèle économique agressif : La version gratuite n’est qu’un teaser ; l’accès en HD et aux fonctions avancées impose l’achat de packs ou d’un Magic Pass coûteux.

Pédagogie discutable : Le recours systématique au récit carotte/bâton (liste des sages vs liste des polissons) peut heurter certaines sensibilités éducatives.

Confidentialité des données : L’outil impose de charger des photos et des informations intimes d’enfants sur une plateforme commerciale, ce qui soulève des questions de vie privée.

Le verdict

Portable North Pole est une machine de guerre marketing parfaitement huilée qui offre une dose de magie industrielle inégalée pour les familles prêtes à ritualiser Noël par écran interposé. C’est l’outil idéal pour ceux qui cherchent de l’émerveillement clé en main, à condition d’accepter de payer le prix fort et de confier l’album photo familial à un algorithme. Pour les parents soucieux de leur « privacy » ou allergiques au chantage affectif, les coutures de la machine apparaîtront rapidement trop grossières.

Source

Dev. et Implémentation d'IA

L'Ère de l'IA

conférence l'Ére de l'IA

Modules 5 à 10 : Cours à la carte

Modules 1 à 4 : initiation à l'IA

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